Syndrome de l'imposteur chez les coureurs : comment prendre sa légitimité
Vous attendez d'avoir fait un ultra pour vous sentir légitime ? Découvrez pourquoi la légitimité ne se gagne pas, mais se décide, et comment passer d'un locus externe à interne.
3/13/20267 min read


La légitimité ne se gagne pas : elle se prend
La salle d’attente mentale
« Je ne suis pas un vrai traileur. Pas encore. Je n’ai jamais fait d’ultra. »
Cette phrase, je l’ai entendue de la bouche d’un coureur qui venait de boucler son troisième trail de 50 kilomètres. Trois courses finies. Des centaines d’heures d’entraînement. Des milliers de dénivelés avalés.
Mais dans sa tête, il n’était toujours pas légitime. Il attendait. Une distance précise. Un chrono validé. Une reconnaissance extérieure. Quelque chose qui viendrait lui dire : « Maintenant, tu as le droit. Maintenant, tu es légitime. »
Sauf que ce moment n’arrive jamais.
Parce que la légitimité ne fonctionne pas comme ça. Elle ne se gagne pas. Elle ne s’attend pas. Elle ne vous est pas donnée par les autres.
La légitimité, ça se prend.
Le syndrome de l’imposteur : quand l’accomplissement ne suffit pas
En psychologie, on appelle ça le syndrome de l’imposteur : ce sentiment persistant que vous n’êtes pas à votre place, que vous ne méritez pas vos succès, que vous allez être “démasqué” à tout moment.
Vous pouvez avoir couru dix marathons, fini trois ultras, progressé de façon spectaculaire. Et pourtant, au fond de vous, une petite voix répète : « Tu n’es pas vraiment un coureur. Pas comme les autres. Tu es juste... là par hasard. »
Le paradoxe : Plus vous accomplissez de choses, plus ce sentiment peut s’intensifier. Parce que vous déplacez constamment le curseur de la légitimité. « Je serai légitime quand j’aurai fait un 100 km. » Puis : « Je serai légitime quand j’aurai fait un UTMB. » Puis : « Je serai légitime quand j’aurai gagné quelque chose. »
La ligne d’arrivée de la légitimité recule à chaque fois que vous avancez.
Référence clé : Les travaux de Pauline Clance et Suzanne Imes sur le syndrome de l’imposteur montrent que ce phénomène touche particulièrement les personnes compétentes et accomplies. Ce n’est pas un manque de résultats qui crée ce sentiment. C’est une croyance limitante interne sur “qui a le droit” d’occuper certaines places.
Les croyances limitantes : ces règles invisibles que vous suivez
Derrière le sentiment d’illégitimité, il y a toujours une croyance limitante. Une règle invisible que vous avez construite (ou héritée) sur qui a le droit de se considérer comme “un vrai” coureur, traileur, athlète.
Voici les plus fréquentes que j’entends :
« Je ne suis pas légitime tant que je n’ai pas fait un ultra. » « Je ne suis pas légitime tant que je ne cours pas en moins de 4h au marathon. » « Je ne suis pas légitime tant que je ne suis pas sponsorisé. » « Je ne suis pas légitime tant que les autres ne me reconnaissent pas comme tel. »
Regardez bien ces phrases. Elles ont toutes la même structure : “Je serai légitime quand...”
Cette structure est un piège. Parce qu’elle place votre légitimité dans le futur, dans un accomplissement extérieur, dans le regard des autres. Elle fait de vous un éternel candidat en salle d’attente.
L’analogie de la permission parentale
Imaginez un enfant qui attend la permission de ses parents pour jouer dehors. Il peut avoir 5 ans, 10 ans, 15 ans. Tant qu’il attend cette permission externe, il ne sort pas.
Puis un jour, il réalise : « Je n’ai pas besoin de demander. Je peux décider. » Et il sort.
C’est exactement ce qui se passe avec la légitimité. Tant que vous attendez qu’on vous donne la permission d’être un “vrai” traileur, un “vrai” coureur, vous restez dans la salle d’attente mentale.
Le jour où vous décidez que vous n’avez pas besoin de cette permission, tout change.
Le locus de contrôle : qui décide de votre valeur ?
En neurosciences et psychologie, on parle de locus de contrôle : où situez-vous la source de validation ?
Locus externe : Vous attendez que les autres valident votre légitimité. Vous cherchez des signes extérieurs : un chrono, un classement, une reconnaissance, des likes sur les réseaux sociaux, des compliments d’autres coureurs.
Locus interne : Vous décidez vous-même de votre légitimité. Vous vous basez sur votre engagement, vos efforts, votre progression, votre relation personnelle à la pratique.
La plupart des gens fonctionnent avec un locus externe. Et c’est épuisant. Parce que vous donnez le pouvoir de décider de votre valeur à des facteurs que vous ne contrôlez pas.
Quelqu’un vous dépasse en course ? Vous perdez votre légitimité. Quelqu’un court plus vite que vous ? Vous n’êtes plus un “vrai” coureur. Vous ratez un objectif ? Vous redevenez un imposteur.
Le changement de paradigme : Passer d’un locus externe à un locus interne. Arrêter d’attendre que les autres vous valident. Décider vous-même.
Vous courez régulièrement ? Vous êtes un coureur. Vous vous engagez sur des trails ? Vous êtes un traileur. Vous progressez, vous apprenez, vous persévérez ? Vous êtes légitime.
Point final.
Le décalage entre ce qu’on accomplit et ce qu’on ressent
Voici un des paradoxes les plus troublants du syndrome de l’imposteur : le décalage entre vos accomplissements objectifs et votre ressenti subjectif.
Vous avez peut-être :
Fini des courses que 95% des gens ne finiraient jamais
Progressé de façon spectaculaire
Dépassé vos propres limites à plusieurs reprises
Inspiré d’autres personnes autour de vous
Et pourtant, vous ne vous sentez toujours pas légitime.
Ce décalage est révélateur. Il vous montre que la légitimité n’est pas une question de résultats. C’est une question de permission interne.
Tant que vous ne vous donnez pas cette permission, aucun résultat ne suffira jamais.
L’analogie du diplôme imaginaire
Imaginez que vous attendiez un diplôme de “vrai coureur” qui n’existe pas. Vous accumulez les courses, les kilomètres, les expériences. Mais comme le diplôme n’arrive jamais, vous ne vous sentez jamais diplômé.
C’est absurde, non ?
Et pourtant, c’est exactement ce que vous faites. Vous attendez une validation externe qui ne viendra jamais. Parce qu’elle n’existe pas.
La seule validation qui compte, c’est celle que vous vous donnez à vous-même.
L’histoire de Marine : arrêter d’attendre la permission
Marine, 36 ans, coureuse depuis 5 ans. Lors de notre première séance, elle me confie : « Je veux me lancer sur un trail de 70 km, mais je ne suis pas sûre d’être légitime. Je n’ai jamais fait plus de 45 km. »
Avant : Marine avait une liste mentale de critères à remplir avant de se sentir “prête” : avoir couru au moins trois trails de 50 km, avoir un chrono en dessous de 5h sur marathon, avoir l’approbation de son coach. Elle repoussait son inscription depuis six mois. Pas par manque de préparation physique. Par manque de permission interne.
Pendant : Nous avons travaillé sur une question simple mais puissante : « Qui décide si tu es légitime ? » Marine a réalisé qu’elle attendait une validation extérieure qui ne viendrait jamais. Nous avons ensuite fait un exercice : lister tout ce qu’elle avait déjà accompli. Ses courses finies. Ses progressions. Ses dépassements. Et surtout : son engagement constant, sa régularité, son envie profonde.
Le déclic mental : Marine a compris que la légitimité n’était pas un statut à atteindre. C’était une décision à prendre. Elle s’est inscrite au trail de 70 km. Pas parce qu’elle avait coché toutes les cases. Mais parce qu’elle s’était donné la permission.
Après : Marine a fini son trail. Ce n’était pas parfait. Elle a marché plus que prévu. Mais elle a fini. Et surtout, elle a arrêté d’attendre d’être “assez bien” pour oser. Elle s’engage maintenant sur des projets ambitieux sans attendre d’avoir toutes les garanties. Elle se donne la permission d’essayer. Et ça change tout.
Défi de la semaine : Prenez votre légitimité
Cette semaine, faites un exercice radical de reprise de pouvoir sur votre légitimité.
Étape 1 : Identifiez votre croyance limitante. Finissez cette phrase honnêtement : « Je serai légitime quand... »
Notez-la. Regardez-la bien. C’est cette croyance qui vous maintient en salle d’attente.
Étape 2 : Listez tous vos accomplissements réels. Pas ceux que vous visez. Ceux que vous avez déjà faits. Les courses finies. Les entraînements enchaînés. Les progrès réalisés. Les moments où vous avez tenu malgré la difficulté.
Relisez cette liste. Vous êtes déjà légitime. Vous l’avez toujours été.
Étape 3 : Reformulez votre phrase. Remplacez « Je serai légitime quand... » par « Je suis légitime parce que... »
Exemple :
❌ « Je serai légitime quand j’aurai fait un ultra »
✅ « Je suis légitime parce que je m’engage, je progresse, et je ne lâche rien »
Étape 4 : Prenez une décision que vous repoussez par manque de légitimité perçue. Inscrivez-vous à cette course qui vous intimide. Osez cet objectif ambitieux. Arrêtez d’attendre d’être “prêt”. Donnez-vous la permission maintenant.
L’objectif : Reprendre le contrôle. Arrêter de donner aux autres (ou à des critères arbitraires) le pouvoir de décider si vous avez le droit d’être là.
Résonance
La légitimité ne se gagne pas. Elle se prend.
Ce n’est pas une médaille qu’on vous accroche après un exploit. Ce n’est pas un seuil magique à franchir. Ce n’est pas une validation externe à attendre.
C’est une décision interne. Un moment où vous arrêtez de demander la permission et où vous vous la donnez.
Vous courez ? Vous êtes un coureur. Vous vous engagez sur des trails ? Vous êtes un traileur. Vous progressez, vous apprenez, vous persévérez ? Vous êtes un athlète.
Personne d’autre que vous ne peut vous retirer cette légitimité. Personne d’autre que vous ne peut vous la donner.
Alors arrêtez d’attendre. Arrêtez de chercher la validation dans le regard des autres, dans un chrono parfait, dans une distance mythique.
Donnez-vous la permission. Maintenant. Pas quand vous serez “assez bien”. Maintenant.
Parce que vous l’êtes déjà.
Alors, cette question : qu’est-ce que vous feriez si vous arrêtiez d’attendre d’être légitime ?
Si cette chronique résonne en vous, partagez-la. Et si vous voulez travailler sur vos croyances limitantes et reprendre le contrôle de votre légitimité, je propose des séances pour vous accompagner dans ce changement de paradigme.
À bientôt sur les chemins.
Clément


