Effet Nocebo en course à pied : Comment vos pensées sabotent votre performance
Découvrez comment les prédictions négatives créent des prophéties auto-réalisatrices et apprenez à les neutraliser pour performer sur vos courses.
1/30/20265 min read


Les mots qui épuisent avant le départ
La prophétie qui se réalise
« Tu verras, après le 25ème kilomètre, c’est l’enfer. »
Cette phrase, je l’entends souvent sur les lignes de départ. Lancée par un coureur expérimenté à un novice. Dite avec bienveillance, comme un conseil d’initié. Sauf qu’elle fait exactement l’inverse de ce qu’elle prétend : elle ne prépare pas, elle programme.
Au kilomètre 25, le corps se souviendra. Pas parce qu’il a atteint une limite physiologique précise, mais parce que le cerveau a reçu l’instruction d’attendre la souffrance à cet endroit exact. Et il la trouvera.
Bienvenue dans l’effet nocebo : la face sombre de notre pouvoir d’anticipation.
Quand le cerveau transforme une prédiction en réalité
Vous connaissez peut-être l’effet placebo : ce mécanisme fascinant où une pilule de sucre soulage la douleur simplement parce qu’on croit en son efficacité. L’effet nocebo, c’est exactement l’inverse. Une attente négative qui déclenche les symptômes redoutés.
En neurosciences, on sait aujourd’hui que les mots déclenchent des cascades neurochimiques réelles. Quand vous entendez « tu vas souffrir au 25ème », votre cortex préfrontal encode cette information comme une prédiction fiable. Votre amygdale, centre de gestion de la menace, commence déjà à mobiliser vos ressources pour affronter ce danger annoncé.
Référence clé : Les travaux de Fabrizio Benedetti (Université de Turin) sur les mécanismes neurobiologiques du nocebo montrent que l’anticipation d’une douleur active les mêmes réseaux cérébraux que la douleur elle-même. Intéréssant non ?
Résultat : au kilomètre 25, vous êtes déjà fatigué. Pas uniquement à cause de l’effort, mais parce que votre système nerveux a dépensé de l’énergie à se préparer à souffrir depuis des heures.
L’analogie du ravitaillement empoisonné
Imaginez que vous arriviez à un ravito où quelqu’un vous tend un gel et vous dit : « Attention, celui-là ne passe pas bien, tu vas avoir mal au ventre dans 10 minutes. » Même si ce gel est identique aux autres, votre système digestif se contracte. Vous guettez le moindre signal. Et quand une légère sensation survient – normale après 30 kilomètres – vous l’interprétez immédiatement comme la confirmation de ce qu’on vous a dit.
C’est exactement ce qui se passe avec les prédictions négatives sur l’effort. Elles créent une hypervigilance sensorielle. Votre cerveau devient un détecteur hypersensible de fatigue, de douleur, de difficulté. Et comme il cherche activement, il trouve toujours.
L’analogie avec la météo intérieure : vous écoutez une prévision catastrophique avant de partir en randonnée. Chaque nuage devient inquiétant. Chaque souffle de vent, un début de tempête. La montagne n’a pas changé, mais votre expérience, si.
Les vecteurs invisibles du nocebo
Dans l’endurance, l’effet nocebo ne vient pas seulement des autres. Il naît aussi de nos propres pensées. Quelques exemples courants :
Le discours intérieur catastrophiste : « Je ne serai jamais capable de tenir ce rythme », « C’est trop dur pour moi », « Je vais craquer ».
Les comparaisons toxiques : se mesurer constamment aux autres coureurs en se disant qu’on n’est pas au niveau.
L’anticipation rigide : « Si je ne suis pas sous les 4h, c’est un échec », créant une pression qui sabote la performance.
Les récits d’échec : ressasser les courses où ça n’a pas marché juste avant d’en commencer une nouvelle.
Chacune de ces pensées active les mêmes circuits que si quelqu’un d’autre vous avait dit ces mots. Votre cerveau ne fait pas la différence entre une suggestion externe et une autosuggestion.
L’histoire de Mathieu : programmer l’inverse
Mathieu, 38 ans, trail de 60 kilomètres dans les Alpes. Lors de notre première séance, il me confie : « Je sais déjà que je vais exploser après 40 bornes. C’est toujours là que ça se passe. »
Avant : Son cerveau avait encodé le kilomètre 40 comme un mur infranchissable. À chaque course, l’angoisse montait dès le départ. Au 30ème kilomètre, il commençait déjà à scruter les signes de fatigue. Résultat : au 40ème, il était épuisé mentalement avant même d’être physiquement au bout.
Pendant : Nous avons travaillé sur trois axes. D’abord, identifier les phrases nocebo qu’il se répétait. Ensuite, les remplacer par des prédictions neutres ou positives : « Mon corps sait gérer 60 kilomètres, je l’ai préparé pour ça. » Enfin, créer des ancrages positifs tous les 10 kilomètres au lieu de fixer son attention sur le fameux 40.
Le déclic mental : Au kilomètre 40, pour la première fois, Mathieu n’a pas eu cette sensation de mur. Non pas parce que son corps était différent, mais parce que son cerveau ne cherchait plus activement la catastrophe. Il a fini son trail en se disant : « C’était dur, mais pas impossible. Juste dur. »
Après : Mathieu a compris qu’il avait passé des années à programmer lui-même son échec. Aujourd’hui, il aborde ses courses avec un discours intérieur radicalement différent. Pas un optimisme béat, mais une neutralité bienveillante : « Je verrai bien. »
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Défi de la semaine : La détox nocebo
Cette semaine, votre mission est simple : repérer et neutraliser vos prédictions négatives.
Étape 1 : Pendant une sortie d’entraînement, soyez attentif à votre discours intérieur. Notez mentalement (ou dans un carnet après) toutes les phrases négatives que vous vous dites.
Étape 2 : Pour chacune, demandez-vous : « Est-ce que cette pensée m’aide ou me freine ? » Si elle vous freine, reformulez-la en version neutre. Exemple : « C’est trop dur » devient « C’est intense, je vais ajuster mon rythme. »
Étape 3 : Créez un ancrage positif simple. Avant votre prochaine sortie, répétez une phrase qui vous reconnecte à vos capacités réelles : « Mon corps est capable. Je suis préparé. Je verrai bien. »
L’objectif n’est pas de devenir euphorique. Juste de cesser de vous saboter avant même de commencer.
Résonance
L’effet nocebo nous rappelle quelque chose de profond : les mots ont un poids. Ceux des autres, mais surtout les nôtres. Chaque fois que vous vous dites « je ne peux pas », vous créez une prédiction. Et le cerveau, loyal, fait tout pour que cette prédiction se réalise.
L’endurance ne se joue pas seulement sur les sentiers ou le bitume. Elle se joue aussi dans l’espace fragile entre ce que vous croyez possible et ce que vous tentez vraiment. Si vous programmez votre échec, vous économisez une douleur : celle de l’incertitude. Mais vous perdez aussi quelque chose d’essentiel : la chance de vous surprendre.
Alors, cette question : et si vous commenciez à vous parler comme à quelqu’un que vous voulez voir réussir ?
Si cette chronique résonne en vous, n’hésitez pas à la partager. Et si vous voulez travailler sur votre propre discours intérieur, je propose des séances découvertes pour comprendre ce qui se joue vraiment dans votre tête pendant l’effort.
À bientôt sur les chemins.


