D'où vient vraiment ton anxiété ?

Peur et anxiété : comprendre l'impact de nos automatismes sur notre performance sportive

4/10/20265 min read

D'où vient vraiment ton anxiété ?

L’anxiété invisible

Cette semaine, un athlète me parle de son anxiété avant une course importante.

Il s’entraîne bien. Sa préparation est solide. Ses objectifs sont clairs et réalistes. Tout est en place. Et pourtant, l’anxiété est là de manière bien présente.

On creuse ensemble. On cherche la source. Et on découvre quelque chose de surprenant : son anxiété ne vient pas de sa préparation. Elle ne vient pas de ses objectifs. Elle ne vient même pas de la course en elle-même.

Elle vient de ses automatismes.

Allumer la télé en rentrant. Consulter les infos en boucle. Scroller sur les réseaux sociaux avant de dormir. Se laisser submerger par des sources externes d’inquiétude finalement. Sans réel contrôle où conscience.

Des petites actions inconscientes qui nourrissent l’anxiété chaque jour, goutte après goutte.

Bienvenue dans l’un des mécanismes les plus invisibles de l’anxiété moderne : les automatismes qui vous sabotent.

Ce qui se passe dans votre tête

Le problème, ce n’est pas l’action elle-même. Regarder la télé, ce n’est pas un crime. Consulter les infos, c’est normal. Être sur les réseaux sociaux, tout le monde le fait.

Le problème, c’est l’absence de conscience dans nos actions.
On est en mode pilote automatique.

Quand vous agissez sans vous poser de question, vous perdez le contrôle. Vous subissez. Et votre cerveau capte tout ce qui passe : les mauvaises nouvelles, les tensions, l’urgence permanente, les catastrophes à répétition, les opinions négatives, les comparaisons toxiques.

Votre cerveau ne fait pas la différence entre une menace réelle et une menace virtuelle. Pour lui, une mauvaise nouvelle à la télé active les mêmes circuits qu’un danger immédiat. Votre amygdale s’allume, votre cortisol monte, votre système nerveux se met en alerte.

Et si vous faites ça tous les jours, plusieurs fois par jour, sans même en être conscient, vous maintenez votre cerveau dans un état d’anxiété chronique.

Référence clé : Les travaux de Judson Brewer (neuroscientifique à Brown University) sur les boucles d’habitudes montrent que nos automatismes créent des circuits neuronaux renforcés. Plus vous répétez une action sans conscience, plus elle devient ancrée. Et si cette action nourrit l’anxiété, vous créez littéralement un circuit d’anxiété dans votre cerveau.

Ce que dit la neuroscience

En neurosciences, on parle de biais de négativité : votre cerveau est câblé pour repérer les menaces, pas les bonnes nouvelles. C’est un mécanisme de survie hérité de nos ancêtres. A l’époque fallait courir vite pour survivre.

Le problème, c’est que les médias, les réseaux sociaux, les flux d’informations exploitent ce biais. Ils savent que vous cliquerez plus sur une mauvaise nouvelle que sur une bonne. Que vous scrollerez plus longtemps si le contenu est anxiogène.

Et si vous leur donnez accès à votre cerveau sans filtre, par automatisme, vous nourrissez votre anxiété tous les jours.

L’analogie du robinet toxique

Imaginez que vous avez un robinet chez vous. Et que ce robinet ne distribue pas de l’eau, mais un liquide légèrement toxique. Pas mortel. Juste assez pour vous fatiguer, vous stresser, vous rendre nerveux.

Si vous ouvrez ce robinet une fois par hasard, pas de problème. Votre corps gère.

Mais si vous ouvrez ce robinet par automatisme, plusieurs fois par jour, sans même y penser, vous vous intoxiquez lentement. Et au bout d’un moment, vous ne comprenez même plus pourquoi vous vous sentez mal.

C’est exactement ce qui se passe avec vos automatismes anxiogènes.

Mais on peut reprendre le contrôle : et la première chose c’est de prendre conscience de ses mécanismes.

Les automatismes qui nourrissent l’anxiété

Voici les plus courants que je vois chez les athlètes que j’accompagne :

Allumer la télé en rentrant chez soi

Consulter les infos en boucle

Scroller sur les réseaux sociaux avant de dormir

Se comparer en permanence

Écouter des podcasts anxiogènes pendant l’entraînement

Envier les autres et ce qu’on a pas

Ne jamais être fier de soi

L’histoire de Mathieu : reprendre le contrôle

Mathieu, 35 ans, traileur. Lors de notre première séance, il me dit : « Je ne comprends pas. Je m’entraîne bien, je suis prêt, mais je suis toujours anxieux avant mes courses. »

Avant : En creusant, on découvre que Mathieu a des automatismes très anxiogènes. Le matin, première chose qu’il fait : regarder les infos sur son téléphone. Le soir en rentrant : allumer la télé. Avant de dormir : scroller sur Instagram et tomber sur des athlètes qui courent plus vite, plus loin, plus fort. Résultat : il maintient son cerveau en alerte permanente, sans même s’en rendre compte.

Pendant : Nous avons travaillé sur une question simple, à se poser avant chaque action automatique : « Est-ce que j’en ai vraiment besoin ? »

Pas pour tout contrôler. Juste pour reprendre la main. Introduire un espace de conscience entre l’impulsion et l’action.

Après : Mathieu a commencé à filtrer ce qu’il laisse entrer dans son esprit. Moins de télé le soir. Moins d’infos anxiogènes. Plus de conscience dans ses choix. Il écoute de la musique ou des podcasts inspirants pendant ses sorties longues. Il lit avant de dormir au lieu de scroller. Et son anxiété a baissé. Significativement. Parce qu’il avait compris un truc essentiel : les automatismes peuvent être nos alliés ou nos ennemis. À nous de décider lesquels on garde, et lesquels on transforme.

Défi de la semaine : Identifier vos automatismes anxiogènes

Cette semaine, vous pouvez reprendre le contrôle :

Étape 1 : Identifiez vos trois automatismes les plus fréquents. Qu’est-ce que vous faites par réflexe, sans vous poser de question ? Allumer la télé ? Consulter les infos ? Scroller sur les réseaux ? Vous comparez ? Notez tout ça.

Étape 2 : Pour chacun, posez-vous cette question honnêtement : « Est-ce que cet automatisme nourrit mon anxiété ou ma sérénité ? » Au choix. Option deux de préférence aha.

Étape 3 : Choisissez un seul automatisme anxiogène et remplacez-le par une action consciente. Exemple : au lieu d’allumer la télé en rentrant, mettez de la musique. Au lieu de consulter les infos avant de dormir, lisez 10 pages d’un livre.

L’objectif : remettre de la conscience dans vos actions, reprendre le pouvoir sur votre énergie, vos émotions, votre sérénité et in fine votre performance.

Résonance

L’anxiété, souvent, ne vient pas de là où on le pense.

Elle ne vient pas de la course qui approche. Elle ne vient pas de l’objectif qui fait peur. Elle ne vient pas de la préparation insuffisante.

Elle vient de ces petits gestes quotidiens qu’on fait sans y penser. Ces automatismes qui laissent entrer, goutte après goutte, des sources d’inquiétude dans notre esprit.

Et le piège, c’est qu’on ne les voit pas. On les fait par réflexe. On subit.

Mais vous pouvez reprendre le contrôle. Pas en supprimant tout. Pas en vous coupant du monde. Juste en introduisant un espace de conscience entre l’impulsion et l’action.

Juste en vous posant cette question simple : « Est-ce que j’en ai vraiment besoin ? »

Parce que l’anxiété, comme la sérénité, se construit dans les petits gestes. Pas dans les grands événements.

Alors, cette question : quels automatismes nourrissez-vous chaque jour sans même vous en rendre compte ?

Si cette chronique résonne en vous, partagez-la. Peut-être qu’elle aidera quelqu’un à identifier ce qui le stresse vraiment.

Et si vous voulez travailler sur vos automatismes et réduire votre anxiété, je propose des séances pour vous accompagner.

À bientôt sur les chemins.

Clément