Décoder le Mental #Épisode 2 : Fractionner ta course

Pourquoi personne ne court 170 kilomètres

Clément MEROT

7/16/20262 min read

Tu as déjà vécu ça : au km 40, tu penses déjà à l'arrivée. Tu calcules ce qu'il reste. Tu te projettes sur ce qui va être dur. Et tu te sens déjà écrasé par l'ampleur de ce qui t'attend.

C'est humain. Et c'est neurologique.

Un cerveau qui n'aime pas les horizons lointains

Ton cerveau n'est pas câblé pour traiter des objectifs distants et abstraits sans générer une forme d'anxiété. Face à une distance de 170 kilomètres, il ne sait pas par où commencer mentalement. Il perd le fil.

En revanche, il est extrêmement performant avec les objectifs proches et atteignables. Et il y a une raison neurologique précise à ça : la dopamine.

Ce que les neurosciences nous disent sur la motivation

La dopamine est un neurotransmetteur impliqué dans la motivation et l'anticipation de la récompense. Contrairement à une idée reçue, elle n'est pas libérée quand tu atteins ton objectif final. Elle est libérée quand ton cerveau anticipe qu'une récompense est proche.

Quand le prochain ravito apparaît au bout du chemin, quand tu vois le sommet du col se rapprocher, ton cerveau libère de la dopamine. Il reste motivé. Il avance. C'est ce qu'on appelle le circuit dopaminergique, et c'est exactement ce qui te maintient engagé dans l'effort sur la durée.

Le fractionnement, une stratégie neurologique

Fractionner mentalement sa course, ce n'est pas une astuce de motivation. C'est donner à ton cerveau ce dont il a besoin structurellement pour tenir dans la durée : des cibles proches, atteignables, régulières.

Les athlètes qui vivent le mieux leurs ultras ne sont pas ceux qui pensent le moins à la difficulté. Ce sont ceux qui ont appris à découper leur effort en segments qui ont du sens. Pas juste ravito par ravito. Avec une intention pour chaque segment, une petite victoire associée, parfois une couleur ou un nom qui lui donne une identité.

Ce que ça change concrètement

J'accompagne des athlètes en préparation mentale, et le fractionnement de course fait partie des outils qui transforment le plus rapidement l'expérience de course. Pas en réduisant la difficulté objective. En donnant au cerveau une structure qu'il peut suivre sans s'effondrer mentalement à mi-parcours.

La différence entre un athlète qui subit les 100 derniers kilomètres et un athlète qui les traverse activement, se joue souvent dans cette capacité à ne jamais penser au-delà du prochain segment.

L'exercice

Avant ta prochaine course, prends le profil altimétrique et découpe-le en segments. Pas uniquement par ravitaillement : par étapes qui ont un sens pour toi.

Pour chaque segment, définis une intention claire, une petite victoire à célébrer une fois franchi, et si tu veux, une couleur ou un nom qui lui donne une identité propre.

En course, applique la règle W.I.N, What's Important Now. Qu'est-ce qui compte maintenant ? Pas dans trois heures. Maintenant. Le reste n'existe pas encore.

C'est quoi ton prochain segment ?

Clément MEROT

Préparateur mental certifié en neurosciences

Passionné et expert en Endurance & Trail Running

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