Décoder le Mental #Épisode 1 : Le réservoir de l'attention

Pourquoi tu t'épuises mentalement avant même d'avoir vraiment couru ?

7/8/20263 min read

Tu t'entraînes des heures chaque semaine. Tu soignes ta nutrition, ton sommeil, ta récupération. Et le jour de la course, quelque chose ne va pas. Pas dans les jambes. Dans la tête.

Tu te vides. Progressivement, insidieusement, sans comprendre pourquoi.

C'est le paradoxe que vivent la plupart des athlètes d'endurance : une préparation physique sérieuse, et une tête qui improvise le jour J. Et cette improvisation coûte cher.

L'attention, une ressource limitée

Ton attention n'est pas infinie. C'est une ressource, comme l'énergie musculaire, comme les réserves glycogéniques. Elle se remplit, elle se vide. Et ce qui la vide le plus vite en course, ce ne sont pas les efforts physiques. Ce sont les pensées sur ce que tu ne contrôles pas.

La météo qui tourne. Le concurrent qui accélère au km 30. Les kilomètres qui restent. La douleur qui commence à s'installer. Chaque pensée orientée vers l'incontrôlable, c'est une fuite dans le réservoir. Une perte d'énergie mentale réelle, concrète, mesurable dans le corps.

Jean-Philippe Lachaux, chercheur en neurosciences cognitives à l'INSERM, a consacré une grande partie de ses travaux à comprendre comment fonctionne l'attention dans le cerveau. Ce qu'il a montré est fondamental : l'attention n'est pas un état passif. C'est un processus actif, orientable, entraînable. En dirigeant consciemment ton attention, tu influences directement les informations que ton cerveau traite en priorité. Tu reprends du pouvoir sur tes actions et sur ta performance.

Ce que les neurosciences nous disent sur la menace imaginée

Il y a un mécanisme encore plus intéressant derrière tout ça. Le cerveau ne fait pas vraiment la différence entre une menace réelle et une menace imaginée. Face à une pensée anxieuse, même si elle porte sur quelque chose d'hypothétique ou d'incontrôlable, il active les mêmes circuits d'alerte et consomme la même énergie que face à une vraie difficulté.

C'est ce que les chercheurs appellent la réponse au stress anticipatoire. L'amygdale, cette structure cérébrale impliquée dans le traitement des émotions et des menaces, ne distingue pas le réel de l'imaginé. Elle réagit à la représentation que tu te fais de la situation, pas à la situation elle-même.

Résultat concret : tu peux te vider mentalement sans avoir couru un kilomètre de plus. Juste en pensant à ce qui pourrait mal se passer. Juste en surveillant le coureur devant toi plutôt qu'en te concentrant sur ta foulée.

La métaphore du réservoir

Imagine ton attention comme un réservoir. Au départ de ta course, il est plein. Chaque pensée sur l'incontrôlable, chaque rumination, chaque anticipation anxieuse, c'est une fuite dans ce réservoir. Et contrairement à ton réservoir glycogénique, tu ne le vois pas se vider en temps réel.

Les athlètes qui gèrent bien leur énergie mentale ne sont pas ceux qui n'ont pas de pensées négatives. Ce sont ceux qui ont appris à les reconnaître rapidement et à rediriger leur attention vers ce qui dépend d'eux. Leur allure. Leur respiration. Le prochain ravito. Leur stratégie de course.

C'est ça, gérer son attention. Pas éliminer les pensées parasites, ce qui est neurologiquement impossible, mais les reconnaître et choisir où rediriger le regard.

Ce que ça change concrètement

La différence entre un athlète qui subit sa course et un athlète qui l'habite se joue souvent là. Pas dans les jambes. Dans la façon dont il gère son réservoir d'attention heure après heure.

J'accompagne des athlètes en préparation mentale depuis plus de deux ans, et c'est l'un des premiers sujets qu'on travaille ensemble. Pas parce que c'est le plus spectaculaire, mais parce que c'est le fondement. Tout le reste, la gestion du stress, le dialogue interne, les outils de recentrage, repose sur cette capacité à choisir où tu mets ton attention.

L'exercice

Avant ta prochaine course ou ta prochaine sortie longue, prends dix minutes. Une feuille, un crayon.

Dessine ton réservoir.

À gauche, liste tout ce qui le vide. Tout ce à quoi tu penses en course et sur lequel tu n'as aucun pouvoir d'action : la météo, les autres, le classement, les kilomètres qui restent, la douleur potentielle.

À droite, liste tout ce qui le remplit. Tout ce sur quoi tu as du pouvoir d'action : ton allure, ta nutrition, ta respiration, ta foulée, ton dialogue interne, tes routines.

Observe la proportion. Et pose-toi honnêtement cette question : dans quelle colonne est-ce que je passe la majorité de mon temps mental en course ?

La réponse te dira beaucoup sur où tu peux progresser.

Où tu mets ton attention, c'est là que tu mets ton énergie.

Clément MEROT

Préparateur mental certifié en neurosciences

Passionné et expert en Endurance & Trail Running

CONTACT

06 43 28 29 23 contact@sabaicoaching.com

© 2025. All rights reserved

logo clement merot sabai coaching
logo clement merot sabai coaching