Arrêter de se cacher derrière des excuses : la lucidité en endurance

Météo, blessure, mauvaise prépa : et si vos excuses cachaient la vraie raison de vos échecs ? Découvrez l'exercice du post-mortem honnête pour progresser vraiment.

2/27/20266 min read

La vérité que vous refusez de voir : la lucidité est une vraie force

Le bouclier invisible

« J’ai pas réussi à cause de ma blessure au genou. » « Ma prépa n’était pas optimale cette année. » « Avec cette pluie, c’était impossible de performer. »

Ces phrases, je les entends régulièrement après une course qui ne s’est pas passée comme prévu. Dites avec conviction. Parfois avec soulagement. Comme si elles expliquaient tout.

Sauf qu’en creusant un peu, on découvre souvent autre chose : le genou allait bien jusqu’au kilomètre 25, la prépa était identique aux années précédentes, et d’autres ont performé sous la même pluie.

Ce ne sont pas des explications. Ce sont des boucliers. Des protections mentales que nous construisons pour éviter de regarder la vérité en face.

Et cette vérité inconfortable, la voici : parfois, vous n’avez simplement pas été au niveau. Pas à cause d’un facteur externe. Mais parce que quelque chose en vous n’était pas prêt. Ou n’a pas tenu. Ou a lâché mentalement.

Bienvenue dans l’un des mécanismes les plus puissants et les plus trompeurs de notre cerveau : l’évitement de la lucidité.

Quand le cerveau préfère le mensonge rassurant

En neurosciences, on parle de dissonance cognitive : cet état d’inconfort mental qui survient quand la réalité contredit ce qu’on veut croire sur nous-mêmes.

Exemple : Vous vous voyez comme un coureur solide, capable de tenir un marathon en moins de 3h30. Vous vous entraînez depuis des mois. Vous y croyez vraiment. Et le jour J, vous explosez au kilomètre 30 et finissez à 4h15.

Deux options s’offrent à votre cerveau :

Option 1 – La vérité inconfortable : « Je n’étais pas prêt mentalement. J’ai mal géré mon effort. J’ai paniqué. J’ai douté. Je me suis effondré. »

Option 2 – Le mensonge rassurant : « C’était la météo. » « Ma chaussure me faisait mal. » « Je n’ai pas bien dormi la veille. »

L’option 2 est infiniment plus confortable. Elle préserve votre image de vous-même. Elle ne remet rien en question. Elle vous permet de rester dans votre zone de confort psychologique.

Mais elle vous empêche aussi de progresser.

Référence clé : Les travaux de Leon Festinger sur la dissonance cognitive montrent que notre cerveau cherche constamment à réduire l’écart entre nos croyances et la réalité. Quand la réalité nous dérange, nous avons trois choix : changer nos croyances, changer nos comportements, ou… déformer la réalité pour la faire coller à nos croyances. Devinez quelle option est la plus fréquente ?

Le biais de confirmation : ne voir que ce qui nous arrange

L’évitement de la lucidité s’appuie sur un autre mécanisme redoutable : le biais de confirmation.

Votre cerveau ne cherche pas la vérité. Il cherche ce qui confirme ce que vous voulez déjà croire.

Si vous voulez croire que votre échec vient de votre préparation insuffisante, vous allez trouver mille détails pour le prouver : « J’ai raté deux séances en janvier », « Je n’ai pas fait assez de sorties longues », « Mon volume n’était pas optimal ».

Mais vous allez ignorer soigneusement tous les signaux contraires : vous étiez en pleine forme la semaine avant, vos derniers fractionnés étaient excellents, votre prépa était similaire à celle de votre meilleur chrono.

Le biais de confirmation vous permet de construire un récit cohérent. Mais pas forcément vrai.

L’analogie du miroir déformant

Imaginez que vous vous regardez dans un miroir de fête foraine. Vous vous voyez plus grand, plus mince, plus fort. C’est agréable. Vous pourriez rester là des heures.

Mais si vous voulez vraiment progresser, il faut sortir de la baraque à miroirs et vous regarder dans un miroir normal. Celui qui ne déforme rien. Celui qui montre la réalité, même si elle est moins flatteuse.

C’est exactement ce qu’il faut faire avec vos performances. Arrêter de chercher les miroirs déformants. Accepter de vous voir tel que vous êtes. Maintenant. Pas tel que vous voudriez être.

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Les excuses les plus fréquentes (et ce qu’elles cachent vraiment)

Dans mon accompagnement, je vois revenir les mêmes boucliers, course après course. Voici les plus courants :

« J’avais une petite douleur au genou. » Ce qu’elle cache souvent : J’ai paniqué mentalement et je me suis accroché à une sensation mineure pour justifier mon abandon.

« Ma prépa n’était pas parfaite. » Ce qu’elle cache souvent : J’ai peur de reconnaître que même avec une bonne prépa, je ne suis peut-être pas encore au niveau que je veux atteindre.

« Il faisait trop chaud / trop froid / trop venteux. » Ce qu’elle cache souvent : Je n’ai pas su m’adapter mentalement aux conditions. J’ai laissé la météo prendre le contrôle de mon mental.

« Je n’ai pas bien mangé / dormi / récupéré. » Ce qu’elle cache souvent : J’ai besoin d’une raison externe pour ne pas affronter mes faiblesses mentales internes.

Attention : Ces facteurs existent vraiment. Parfois, une blessure est réelle. Parfois, la prépa était insuffisante. Parfois, la météo joue un rôle.

Mais la question à vous poser honnêtement : Est-ce que cette explication est la vraie raison, ou est-ce que je m’en sers pour éviter une vérité plus dure à entendre ?

L’histoire de Thomas : oser voir ce qui dérange

Thomas, 41 ans, traileur passionné. Lors de notre première séance, il me dit : « Je n’ai jamais fini un ultra proprement. Il y a toujours un truc qui cloche : la météo, un problème digestif, une douleur qui apparaît… »

Avant : Thomas avait une collection impressionnante d’excuses. À chaque course ratée, il trouvait une raison externe. Jamais la même. Mais toujours externe. Son cerveau faisait un travail remarquable pour le protéger de la vraie question : « Et si le problème, c’était moi ? »

Pendant : Nous avons travaillé sur un exercice simple mais brutal : le post-mortem honnête. Après chaque sortie longue, Thomas devait noter trois choses :

  1. Ce qui s’est bien passé (facile)

  2. Ce qui s’est mal passé (facile aussi)

  3. Ma responsabilité dans ce qui s’est mal passé (beaucoup plus dur)

Pas les facteurs externes. Pas les excuses. Juste : qu’est-ce que moi, Thomas, j’ai fait ou pas fait qui a contribué à ce problème ?

Le déclic mental : Au bout de trois semaines, Thomas a eu une révélation. Il a réalisé qu’à chaque sortie difficile, il abandonnait mentalement bien avant que son corps ne soit réellement au bout. Il se créait des sorties de secours mentales dès qu’il commençait à souffrir. « Ah tiens, j’ai mal au genou, je vais ralentir. » Sauf que le genou allait bien. C’était juste son cerveau qui cherchait une excuse pour arrêter l’inconfort.

Après : Thomas a arrêté de se mentir. Il a accepté que sa vraie limite, pour l’instant, n’était pas physique. Elle était mentale. Et paradoxalement, cette lucidité l’a libéré. Parce qu’on ne peut progresser que sur ce qu’on accepte de voir. Il a fini son premier ultra sans excuse, sans bouclier. Juste lui, lucide sur ses forces et ses faiblesses.

Défi de la semaine : Le post-mortem honnête

Cette semaine, après votre prochaine sortie longue ou course, faites un exercice de lucidité radicale.

Étape 1 : Notez dans un carnet ce qui s’est bien passé et ce qui s’est mal passé. Soyez factuel.

Étape 2 : Pour chaque difficulté rencontrée, posez-vous cette question inconfortable : « Quelle a été MA responsabilité dans ce problème ? »

Pas « Qu’est-ce qui m’est arrivé ? » mais « Qu’est-ce que moi j’ai fait ou pas fait ? »

Exemple :

  • ❌ « Il faisait trop chaud »

  • ✅ « Il faisait chaud ET je n’ai pas adapté mon allure. J’ai voulu tenir mon rythme habituel malgré les conditions. »

Étape 3 : Identifiez une excuse récurrente que vous utilisez souvent. Demandez-vous honnêtement : « Est-ce que cette excuse me protège d’une vérité que je ne veux pas voir ? »

Étape 4 : Partagez votre réflexion avec quelqu’un de confiance. Ou écrivez-la simplement pour vous. L’important, c’est de verbaliser cette lucidité.

L’objectif : Arrêter de vous cacher derrière des boucliers. Commencer à regarder la réalité en face. Même si c’est inconfortable. Surtout si c’est inconfortable.

Résonance

La lucidité, c’est la vraie force.

Pas l’optimisme béat. Pas la motivation artificielle. Pas les excuses rassurantes. La lucidité.

Voir les choses telles qu’elles sont. Accepter que vous n’êtes peut-être pas encore au niveau que vous visez. Reconnaître que vous avez lâché mentalement. Admettre que vous avez eu peur, que vous avez douté, que vous vous êtes raconté des histoires.

Cette vérité inconfortable est votre meilleure alliée. Parce qu’elle seule vous permet de progresser. On ne peut travailler que sur ce qu’on accepte de voir.

Se cacher derrière des excuses, c’est confortable. Ça protège l’ego. Ça évite la remise en question. Mais ça vous condamne aussi à reproduire les mêmes schémas, course après course, année après année.

La lucidité, elle, fait mal sur le moment. Mais elle libère. Elle ouvre la porte au vrai changement.

Alors, cette question : qu’est-ce que vous refusez de voir en ce moment ? Quelle vérité inconfortable êtes-vous en train d’éviter ? Et si vous acceptiez de la regarder en face, qu’est-ce qui pourrait changer ?

Et si vous voulez être accompagné dans ce travail de lucidité radicale, je propose des séances pour vous aider à identifier vos boucliers mentaux et à progresser vraiment.

À bientôt sur les chemins.

Clément